Alfred Taban : symbole d’un Sud Soudan en dérive

Le journaliste sud-soudanais est détenu, depuis Samedi, par les services policiers du président Salva Kiir. Un chef de l’état en conflit ,depuis 2013, avec le vice-président du pays Riek Machar. Les guerres civiles politiques et ethniques s’enchaînent et la censure des journalistes est appliquée.

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Alfred Taban – C. Photo : Simona Flotyn

« Relâcher Alfred Taban »… c’est par ces quelques lignes que Reporters Sans Frontières s’est indigné de l’arrestation du ,très respecté, rédacteur en chef de Juba Monitor : Alfred Tuban. A la tête du journal et du site internet sud-soudanais, le journaliste reste introuvable depuis samedi, jour de sa convocation par les services de sécurité. Dans ce communiqué à charge contre le pouvoir en place, RSF exige sa libération immédiate, en demandant que ses droits soient respectés. En conclusion, l’organisation de défenses des journalistes indique que cet acte est :  » une violation supplémentaire des droits de la presse dans un pays déjà miné par les guerres civiles ».

Selon les spécialistes, l’origine de cette arrestation serait un article à charge rédigé par Alfred Taban, le 14 Juillet. Dans son édito intitulé « Parlons Franchement », il critiquait ouvertement la lutte de pouvoir entre Kiir et Machar qui a entraîné du 8 au 11 Juillet une nouvelle guerre civile dans la capitale Juba. Guerre civile ,entre pro-Kirr et pro-Machar, aux conséquences désastreuses puisque 300 personnes auraient trouvé la mort et 42 000 auraient dû fuir. Des critiques ouvertes où il demande le départ des deux dirigeants sud-soudanais et l’arrivée d’un nouveau président de l’assemblée. 

Le sort d’Alfred Taban serait donc entre les mains des services de polices du pouvoir en place. Espérons qu’ils ne connaissent pas le même sort que son confrère John Gatluak Manguet Nhial. Ce dernier a été retrouvé mort dans un hôtel de Juba le 11 Juillet dernier. Selon plusieurs experts, son appartenance à la tribu Nuer, celle de Riek Machar, serait la cause de l’assassinat. Tribu Nuer opposé à la tribu Dinka représenté par le chef du pays.

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Soudan du Sud – Source AFP

 Si ce constat ethnique n’est pas totalement réfuté par les chercheurs français au CNRS, Roland Marchal et Marc Lavergne, spécialistes de la question, il est nuancé. Selon eux, ces guerres civiles sont le résultats de l’intervention des Etats-Unis en 2003. Menée par George W-Bush, elle avait pour but à l’époque de calmer les tensions entre le Nord Soudan et le Sud-Soudan. Une présence militaire qui a engendré l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, sans prendre en compte les spécificités culturelles et intellectuelles locales. Les deux chercheurs pointent aussi le rôle désastreux des deux politiques qui ont totalement réduit à néant le projet novateur et pertinent d’un « New Soudan ». Un projet qui a laissé place aux trafics d’armes, de drogues et de guerre au sujet du pétrole.  Enfin pour terminer, ils pointent l’efficacité quasi-nulle des interventions de l’ONU dans le pays, sans oublier l’attitude non-constructive du Soudan.

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Salva Kiir – Riek Machar – C.Photo : Zacharias Abubeker/ Samir Bol/ AFP.

Des questions évoquées la semaine dernière lors du 27ème sommet de l’Union Africaine à Kigali au Rwanda. Des troupes militaires vont être envoyées prochainement dans la capitale sud-soudanaise. 

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