Recep Tayyip Erdogan : une main de fer sur la Turquie

Depuis la tentative de putsch de l’armée turque ,samedi 16 Juillet, contre le pouvoir du président Erdogan, les sanctions judiciaires ne cessent de pleuvoir dans le pays. Sanctions dans le secteur militaire, dans le secteur de l’enseignement et contre les médias. Un chef de l’état qui a proclamé l’Etat d’urgence dans le pays  pour les 3 prochains mois. Une situation qui confirme de nouveau son autorité depuis le début de son mandat en 2014.

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Recep Tayyip Erdogan – C.Photo : AFP.

Et si ce coup d’état soit disant organisé par une partie de l’armée turque  était en fait monté de toutes pièces par le président Erdogan ? Une idée, au stade de l’hypothèse, qui occupe les lignes des articles de plusieurs journaux du Moyen-Orient comme Kapitalis en Tunisie ou El-Watan en Algérie. Du côté de la Turquie, les journaux eux balayent cette idée en mettant en avant une idée centrale : ce coup d’état visé plus globalement la classe politique. 

Aucune preuves ne peut, à l’heure actuelle, confirmer cette idée. En revanche, son existence intellectuelle a le mérite d’être analysée. Elle pointe une vérité depuis 2014 : Recep Tayyip Erdogan impose son autorité de chef d’état sur le pays. Pour la première fois, en Turquie, un homme politique résiste à un coup de l’état de l’armée (par trois fois l’armée à destituer le pouvoir en place : 1960, 1971, 1980) et n’hésite pas à faire le ménage au sein de ses effectifs. Un programme de longue date institué depuis sa nomination en tant que premier ministre il y’a 13 ans mais aussi depuis la création de son parti AKP en 2001. 

Elu premier ministre en 2003 , Recep Tiyyan Erdogan met progressivement l’armée au pas. Sa technique réside, à l’époque dans le donnant-donnant. Samim Akgönül, spécialiste de la Turquie et maître de conférences à l’Université Marc Bloch de Strasbourg l’explique dans ses nombreuses analyses.: « Il a réduit le rôle direct de l’armée dans l’ensemble du corps étatique : universités, justice… Et dans le même temps, il a augmenté leur budget armement, augmenté leur salaire ». En ajoutant : « Ceux qui ne respectaient cet accord implicite ont été écartés. Peu à peu, il place donc ses hommes. C’est dans cette logique qu’il nommera en 2013, Necdet Özel comme nouveau chef d’état-major. L’homme n’est pas un nationaliste laïque mais « un général qui prie ». Une technique de compromis qui s’est transformé depuis 2007 en répression immédiate. Deux dates restent en tête : 2007 et 2012. Impliqué dans des procès, l’homme fort du pays n’avait pas hésité à renvoyer de nombreux officiers. 

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Des soldats turques arrêtés aujourd’hui – C.Photo : Bulent Kilic | AFP.

Une technique de nouveau appliquée ces derniers jours. Selon plusieurs médias turques, 257 fonctionnaires travaillant au cabinet du Premier ministre Binali Yildirim ont été relevés de leurs fonctions depuis Samedi. Les autorités ont aussi suspendu ou placé en détention provisoire au moins 50 000 soldats, policiers, juges, fonctionnaires et enseignants. 9 322 militaires, magistrats et policiers sont visés par des procédures pénales. 

Du côté de l’enseignement, même tendance. Le ministère de l’éducation a indiqué la suspension de 15 200 employés, soupçonnés d’être liés à l’ancien bras droit d’Erdogan, devenu son ennemi numéro 1, Fethullah Gülen. Ce dernier se trouve toujours à l’heure actuelle aux Etats-Unis, où il est en extradition depuis plusieurs mois. Ankara a demandé son retour dans le pays auprès du gouvernement américain. Pour le pouvoir turc il est soupçonné d’être derrière le coup d’état de la semaine dernière. Enfin selon la radio RFI, 3 millions de fonctionnaires seront privés de congés. 

Mercredi 20 Juillet, Erdogan est allé plus loin ,dans sa démarche de contrôle des institutions, en proclamant l’Etat d’urgence en Turquie lors des 3 prochains mois. Une décision qui donne plus de pouvoir au gouvernement en place. Il pourra désormais, durant cette période, édicter des décrets, prolonger l’Etat d’urgence de 6 mois supplémentaires, limiter les droits fondamentaux des habitants, augmenter les perquisitions, interdire la publications de certains journaux ou encore interdire des manifestations. 

Une situation qui inquiète l’Europe. De son côté le président turc a assuré que  » la démocratie turc n’était pas en danger » sur la chaîne  d’informations Al-Jazira. 

 

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Manifestation pro-Erdogan à Istanbul le 19 Juillet sur la place Taksim. C.Photo : Daniel Mihailescu | AFP.

L’autre point sur lequel Erdogan insiste depuis la répression du putsch, c’est sa popularité auprès du peuple turc. Le président avait appelé les citoyens à se rendre dans les rues pour afficher leur soutien. Message reçu. Depuis dimanche, les manifestations pro-Erdogan se multiplient à Istanbul et Ankara. Des hommes, des femmes, des familles brandissent le drapeau de la Turquie et des portraits du président sont affichés. Des rassemblements qui ont réuni des milliers de personnes. La tendance semble se calmer depuis hier mais pour Samim Akgönül elle confirme une tendance plus globale : « Depuis une dizaine d’années, la population civile n’accepte plus de vivre sous une junte militaire directe ou indirecte. On a bien vu que l’armée n’a pas reçu un soutient extraordinaire depuis samedi. Elle devra vivre sous l’autorité de l’AKP durant les prochaines années ».

Recep Tayyip Erdogan qui s’est dit prêt à rétablir la peine de mort en Turquie. 

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