Le New Black Panther : le visage de la lutte afro-américaine

Alors que Donald Trump, candidat Républicain aux élections américaines, doit prononcer ,ce soir, le dernier discours de la convention de son parti à Cleveland, un autre sujet agite les Etats-Unis actuellement : le conflit entre la communauté noire et la police blanche. Au sein de la protestation afro-américaine, un groupuscule tire son épingle du jeune à la fois par son histoire et son pouvoir : le New Black Panther et son leader Hashim Nzinga. 

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Hashim Nzinga à Charleston le 23 Juin dernier après la tuerie survenue dans une église paroissiale. L’acte de Dylan Roof,22 ans, qui propagé sa haine des noirs depuis des années. 9 afro-américains ont trouvé la mort. C.Photo: AP|Mic Smith.

« Une convention nationale des opprimés » c’est par cette phrase, sans équivoques, que le leader du groupe New Black Panther, Hashim Nzinga, a qualifié le rassemblement de son organisation à Cleveland, dans l’Ohio aux Etats-Unis, le 16 juillet dernier . Si l’événement est passé presque inaperçu, il a symboliquement marqué le regain de la communauté noire pour ce groupuscule crée en 1989, succédant à l’ancien groupe Black Panther qui lui vit le jour dans les années 60.

Selon Nzinga, chef de cette communauté, le nombre d’inscriptions a fortement augmenté ses derniers jours à cause de 4 faits divers tragiques. Tout d’abord à cause des assassinats, par la police, de Alton Sterling à Bâton-Rouge, en Louisiane, et celle, de Philando Castile, à Falcon Heights, dans le Minnesota le 6 juillet dernier. Et puis à cause aussi des tueries contre des policiers survenues à Dallas le 7 Juillet dernier et à Bâton-Rouge en Louisiane le 17 juillet. A l’origine de ces attentats deux anciens réservistes de l’armée : Micah Johnson à Dallas qui a tué 5 policiers et Gaving Long à Bâton-Rouge qui lui a tué 3 policiers dont un afro-américain Montrell Jackson. 

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Mémorial improvisé autour d’une voiture de patrouille devant le siège de la police à Dallas le 9 Juillet. C.Photo : AP|Eric Gay.

Si le New Black Panther a condamné ses deux tueries, son leader a souhaité muscler le jeu la semaine dernière, en évoquant le problème de la libre circulation des armes. Plusieurs membres portaient des fusils du reste lors de la manifestation dans l’Ohio. Selon Nzinga, la logique était respectée : « Si c’est un Etat où l’on peut ouvertement porter des armes, nous exercerons notre droit en vertu du deuxième amendement, car il y a d’autres groupes qui menacent d’être là et qui menacent de nous faire du mal ».

Le choix de Cleveland, lieu de la convention des Républicains, n’est pas un hasard non plus. Interrogé par Reuters, Nzinga a indiqué qu’elle avait pour but d’ouvertement critiquer le programme de Donald Trump : » L’objectif est de se défendre, des supporteurs du magnat de l’immobilier et autres partisans de la supériorité de la race blanche ». Du côté du candidat républicain, la question sécuritaire n’a pas varié d’un iota. Le rappel à l’ordre a été martelé durant toutes sa campagne avec des débordements verbaux fortement condamnés, voir moqués.

Si la manifestation a été maîtrisé, du côté des autorités, on voit d’un mauvais oeil le retour au premier plan du New Black Panther. L’association de surveillance des groupes extrémistes Southern Poverty Law Center n’a pas hésité à la qualifier de « raciste et antisémite » ces derniers. Selon le SPLC, les dirigeants du mouvement ont « encouragé la violence contre les Blancs, les Juifs et les agents des forces de l’ordre ». Le SPLC qui a tenu à démontrer la montée des groupuscules en faveur de la communauté noire.  Selon elle, les structures de militants nationalistes noirs est passé de 113 en 2014 à 180 en 2015. 

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Affiche pour la manifestation de Cleveland diffusée sur le compte Twitter du groupe New Black Panther.

Plus globalement, cette manifestation a eu le mérite de remettre la question sociale du pays au premier plan. Si Barack Obama, en fin de mandat, a tenu à rappeler à l’unité, la montée de Donald Trump oblige au débat  : y’a-t-il un clivage ethnique grandissant aux Etats-Unis ?

Pour Yannick Mineur, fondateur et rédacteur de Politique Américaine, auteur de deux essais sur la société américaine « Après Bush, pourquoi l’Amérique ne changera pas » et « Le Monde d’Obama, il faut relativiser ce constat comme il l’indique sur le site Atlantico : « Ce n’est pas un sujet qui est encore très déterminant, mais il est certain que dans l’état de colère, d’insatisfaction, de frustration et certainement de désespoir d’une large partie de l’opinion publique américaine, particulièrement celle qui habite dans les Etats des grands espaces du sud où l’héritage politico-racial est très lourd, il peut y avoir, par les excès de formulations et l’hystérie qui entourent la campagne de Donald Trump, un réveil d’antagonismes et de tensions dont la guérison est une donnée majeure de l’histoire récente des Etats-Unis. »

Un point de vue partagé par Steven Ekovitch, professeur de Sciences Politiques et d’Histoire à l’Université Américaine de Paris toujours sur le site Atlantico : « Il est difficile de dire qu’elle est déterminante, dans la mesure où les facteurs qui justifient un vote sont bien plus vastes que cette seule question ethnique […] C’est quelque chose qui existe très clairement, qui est là et qu’on ne peut pas nier. Mais c’est également un phénomène relativement marginal. Il est important de ne pas en faire un des éléments premiers du vote pour Donald Trump, car ce serait assez réducteur. Ils ont d’autant plus d’effet médiatique qu’ils détonnent fortement et sortent du commun. En outre, son absence de dénonciation – ou sa dénonciation trop faible – vis-à-vis de son soutien au Ku Klux Klan lui a causé quelques torts. »

Et le 19 juillet, sur son compte Twitter, Hashim Nzinga a répondu à l’ancien maire de New York Rudolph Giuliani. Ce dernier a condamné, il y a 3 jours sur CBS, la manifestation du New Black Panther à Cleveland la semaine dernière. Selon lui, elle ne fait qu’attiser la haine envers les policiers. Le leader du mouvement noire lui a répondu en début de semaine via un tweet. (cf.dessous).

NZINGA

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