« Civic Tech » : créer du lien via le 2.0

C’est la tendance depuis quelques mois : créer une start-up, voire une association, avec deux objectifs : changer la pratique de la politique et le fonctionnement de la démocratie grâce aux nouvelles technologies et créer du lien en attirant des jeunes qui n’ont pas l’envie, ni le temps de participer aux réunions municipales. Une augmentation des projets regroupée autour d’un nom : « Civic Tech ». 

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La secrétaire d’Etat aux Numérique, Axelle Lemaire. C.Photo : Pascal Guittet | L’Usine Digitale.

Dans moins d’un an, les français auront un nouveau président à la tête du pays. Si la campagne n’a pas réellement encore démarré, de plus en plus de candidats et d’élus s’intéressent au phénomène « Civic Tech ». Le 24 Mai dernier la secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, a même organisé une rencontre, à l’Assemblée nationale, entre quelques créateurs de star-ups et une poignée de députés volontaires, de gauche et de droite. Objectif : prendre en compte la parole du citoyen et les mouvements solidaires. Une réunion constructive selon la secrétaire d’Etat au numérique :  » J’estime que la démocratie est malade en France et en Europe. La déconnexion, ou le « lag » comme le disent les gamers, est plus forte que jamais entre le peuple et ses gouvernants. Nous devons entrer dans une nouvelle révolution. Pas à coups de guillotine comme en 1789, mais en entrant dans une ère de démocratie permanente, où les citoyens co-construisent la vie publique et où les élus agissent en totale transparence ».

Un point de vue partagé par la maire de Paris Anne Hidalgo. L’élue socialiste vient d’annoncer la création d’un nouvel incubateur dédié aux start-ups « citoyennes« , au cœur de la capitale, un centre d’innovation sur le modèle du Civic Hall de New York. 

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Parmi les applications et site internet les plus connu(e)s on note : Vooter, City2Gether, Fluicity, Neocity, Vérité Politique, MaVoix et La Fabrique de la Loi. Star-ups regroupées autour de deux grandes familles. La première qui vise à améliorer la transparence politique et clarifier ,dans l’esprit des gens, les textes de lois. Dans cette catégorie, on peut compter : Vérité Politique, Voxe ou encore La Fabrique de la Loi. D’autres sites, sont eux, en plus de ces services, une plateforme pour les élus locaux à l’image de Belem. Les habitants reçoivent directement les infos d’un quartier, d’une ville sur le téléphone portable. Les élus peuvent s’adresser directement à leurs administrés. Un système de vote, la blockchain, sécurisé, est proposé et participe à un changement de mentalité : le politique s’adapte encore plus aux envies de la population.  

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Exemple d’interface du site « La Fabrique de la Loi ». C.Photo : site internet.

Dans ce sens, les start-ups ouvrent leur gestion des données aux municipalités comme Neocity. Concrètement, l’appli permet de créer du lien rapidement comme l’explique Victor Perraud, fondateur de Neocity : « Chaque commune peut décider ce qu’elle demande au citoyen, l’identité complète ou seulement l’email ». Un sujet sensible ,qui n’est pas encore la tendance générale, comme l’explique la fondatrice de Fluicity ,Julie de Pimodan, dans le journal Le Monde du le 14 Juillet dernier : « La confidentialité des données, c’est la condition du contrat de confiance avec nos utilisateurs. L’idée est de développer un système vertueux où donner son avis n’entraîne pas de désagréments « .

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Exemple d’interface sur le site Flucity. C.Photo : Site internet.

L’autre famille d’applications a un objectif encore plus ambitieux : faire du citoyen un acteur de sa ville ou de son quartier. Ce projet, on le retrouve sur les applis comme : Fluicity, Civocracy ou Spallian, ou encore AgoraLabTV. La population peut proposer un marché bio, l’ouverture de structures pour les jeunes, l’organisation d’une soirée spectacle, l’aménagement d’une zone, des journées de ramassages des ordures. Différentes idées qui sont publiées sur l’application et qui font l’objet d’un vote pour obtenir un budget participatif. Une 2ème famille qui, pour l’instant intéresse moins les municipalités. Interrogées sur leurs besoins, dans le cadre d’un sondage organisé par le site Décider ensemble, elles citent d’abord la mise à disposition d’informations (70 %) loin derrière l’objectif de « faire émerge des idées, éclairer la décision (30 %) ». Du côté de la population, l’intérêt est croissant au vu du nombre de projets et d’inscrits, même, si pour l’heure, l’importance du projet « Civic Tech » est encore minime. 

Des idées novatrices qui font l’objet de plusieurs critiques. La première est financière. Beaucoup de start-ups sont bénévoles  et cette situation va poser un problème sur le long terme. Plusieurs experts jugent difficile de pérenniser des plateformes gratuites, sans publicité, dont le but premier est de servir l’intérêt général. Axelle Lemaire a évoqué cette donnée économique : « Faut-il lancer un nouveau statut juridique pour ces projets qui ne rentrent ni dans la logique de l’économie sociale et solidaire, ni dans celle des startups de la French Tech ? Faut-il créer une fondation qui financerait les Civic Tech ? ». Des questions qui seront débattues lors de l’Open Government Partnership (OGP), un organisme transnational visant à promouvoir le gouvernement ouvert, dont la France prend la présidence en fin d’année.

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Projets « Civic Tech » aux Etats-Unis en 2015. C.Photo: Gov Labs.

L’autre critique, plus sociale cette fois-ci, est l’aggravation de la fracture démocratique. Ces applications n’attirent pour l’instant qu’une population adolescente ou jeune adulte. Un phénomène qui exclu plusieurs types de population comme les seniors ou les familles en précarité. Elles devront se mettre à l’heure d’internet. Un phénomène qui porte un nom : l’inclusion numérique. Un principe regroupant trois grandes obligations : avoir un internet, savoir l’utiliser et comprendre les codes. 

En France, l’association ICI (Innovons pour la Citoyenneté  sur Internet) a pour objectif de démocratiser l’accès aux outils numériques pour redonner envie aux gens de s’intéresser à la politique. Elle a évoqué la difficulté de la situation dans le journal La Tribune  : « S’ils ne sont pas expliqués, les codes de la participation en ligne passent inaperçus pour beaucoup, y compris celles et ceux qui sont absents des espaces traditionnels de l’expression démocratique. Pour nous l’outil numérique n’est pas une finalité mais un prétexte de discussion civique. Le problème est que le numérique est souvent abordé en politique par la question de l’outil. Alors que de notre côté nous préférons parler de médiation, et d’usages. C’est un travail laborieux qui prendra sans doute au moins dix ans ».

Le sociologue David Cardon, sur le site le Point, parle même d’une utopie: « Au-delà du fait que de nombreuses Civic Tech se concentrent sur la forme plus que sur le fond – contrôler l’action des élus, comparer les programmes, mettre en place le vote électronique… -, beaucoup ont une vision naïve du citoyen parfait, prêt à s’impliquer et à donner de son temps pour comprendre la politique ».

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Affiche « Semaine avec avec Axelle Lemaire ». C.Photo : Voxe.org

La secrétaire d’Etat aux Numériques Axelle Lemaire a, du reste, inviter, début Juillet, les fondateurs de 4 start-ups afin de suivre son travail. Objectif : rendre transparent l’action du gouvernement sur le domaine.

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