SFR : 5000 départs volontaires d’ici 2019

SFR Group, racheté en 2014 par Altice et son directeur Patrick Drahi, a proposé, en début de soirée, aux principaux syndicats de l’entreprise ,Unsa, CGT et CFDT, un plan de licenciement d’ici 2019. Objectifs pour la direction : supprimer 5 000 emplois sur la base du départ volontaire. Une restructuration en deux temps dont le premier acte commencerait avant 2017.

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Patrick Drahi – PDF de l’entreprise Altice détentrice de SFR Group depuis 2014. C.Photo : AFP.

22 Juin 2016, Patrick Drahi, interrogé par des journalistes new-yorkais, évoque ,lors d’une interview, l’avenir de SFR Group. Le ton est ferme, et en off, l’expression « purge saignante » est utilisée. Une idée développée durant l’entretien : « Nous sommes en sureffectif. J’ai annoncé ,dès le rachat confirmé, deux décisions fortes. 1- zéro licenciement d’ici 2017, 2- l’obligation de devoir licencier après cette date. Il nous reste un an. » Un constat regrettable mais inévitable selon lui : « On est quand même dans une situation en France où tous nos concurrents ont licencié à tour de bras et, nous, on a pris une garantie sur trois ans à un moment où on vend à 1 euro par mois des abonnements, s’est-il lâché. Ça n’a ni queue ni tête. Forcément, ça crée des tensions, parce qu’en fait les gens seraient plutôt d’accord [pour] organiser quelque chose maintenant plutôt que d’attendre encore un an sans savoir comment les choses vont s’organiser. »

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Syndicalistes CGT lors d’une manifestation organisée en 2015. C.Photo : AFP

Un projet de restructuration annoncé aux salariés mais qui a pris une ampleur supplémentaire ,la semaine dernière, avec l’annonce faite par la direction de 5000 licenciements secs d’ici 2019. Une annonce, attendue, mais dont le chiffre et son choix ont interloqué les syndicats de l’entreprise. C’est dans l’optique de trouver un accord ,que direction et travailleurs se sont réunis aujourd’hui autour de la ministre du travail Myriam El-Khomri.

Deux grands débats étaient au cœur de cette table de négociation. Le premier concernait, le respect des engagements concernant l’emploi. Voilà quelques mois, Patrick Drahi avait annoncé auprès du ministre du redressement productif  de l’époque, Arnaud Montebourg, le recrutement de plusieurs ingénieux commerciaux. Une promesse qui ne s’est pas concrétisée par les faits puisque, selon les syndicats, 1 200 personnes ont déjà quitté le groupe ces deux dernières années, sans qu’elles soient remplacées.  Le deuxième sujet, lui, était de revenir sur l’accord conclu avec les syndicats sur la non-baisse des effectifs avant le 1er juillet 2017. Un accord respecté. SFR s’abstiendra aussi de procéder à toute réduction des coûts d’ici le mois de Juin de l’année prochaine. 

A la sortie de cette réunion, les différentes organisations de travailleurs se sont exprimées et on évoquait un possible accord : 5000 départs volontaires d’ici 2019. Pour l’Unsa, principal syndicat chez SFR, la proposition reste fragile comme l’a expliqué  son délégué Abdelkader Choukrane : « Sur les conditions de départ, c’est le dernier plan de départs qui a été négocié en 2012 qui va s’appliquer, l’entreprise nous l’a dit, ça représente entre deux et trois mois de salaire par années d’ancienneté. La direction est dans une logique d’essayer de trouver un accord. »

Une volonté qui ne l’empêche d’émettre quelques réserves : « On a du mal à comprendre la stratégie de monsieur Drahi », a-t-il toutefois dit. « A part réduire les coûts et être dans une logique financière pure, on a du mal à comprendre où il veut aller pour les clients, pour les salariés et pour l’emploi. » Une critique relayée par le représentant de la CGT-FAPT, Frédéric Retourney qui parle lui de « plan social déguisé » :  » Quand on nous dit pas de licenciements alors que sur les 18 derniers mois, il y a eu 1 200 départs, alors comment on peut faire confiance ? On sait très bien que les méthodes de départs volontaires, c’est contraints et forcés pour la majorité des salariés. » « Quand on annonce 5 000 suppressions alors qu’il y a 14 300 salariés dans l’entreprise, je ne vois pas comment on peut parler de départs volontaires. »

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La société SFR Group. C.Photo : AFP.

Des propos qui vont dans le sens de la loi. Le départ volontaire est une rupture de contrat et non une démission. C’est un dispositif, non réglementé dans le Code du travail, financièrement plus attractif comme l’explique Oliviec Cadic, directeur juridique, AuServiceduCEE : « Vous percevrez les indemnités légales ou conventionnelles ainsi que les sommes que l’employeur propose dans le cadre du Plan de départ volontaire. L’indemnité de rupture ne doit pas être inférieure aux indemnités de licenciement auxquelles vous auriez pu prétendre dans un Plan social classique.Ces indemnités, calculées sur la base du salaire brut, sont le plus souvent versées en fonction de l’ancienneté. Le mode de calcul et le niveau de celles-ci sont déterminés par l’employeur après consultation des instances représentatives du personnel ».

Toujours selon Olivier Cadic, la différence s’arrête là : « Le PDV est bien souvent un outil permettant aux directions de préciser que les suppressions de postes se feront sans départs contraints. Néanmoins, dans leur grande majorité, les mesures d’accompagnement proposées dans les Plans de départs volontaires s’apparentent à celles que l’on peut trouver dans les Plans sociaux. Il peut être mis en place de manière autonome, c’est-à-dire avec un engagement de ne pas licencier, ou être combiné avec d’autres mesures au sein d’un plan de sauvegarde de l’emploi. On parle alors de « Plan Social hybride ». Celui-ci propose une période de volontariat, avant d’engager des licenciements, si nécessaires. » Des syndicats également inquiets pour l’avenir des futurs chômeurs. La direction du groupe ne sait pas encore exprimer sur les possibles aides apportées aux salariés pour une ré-orientation professionnelle. 

Autre point, le départ volontaire peut être refusé.  L’employeur, premièrement, fixe librement le périmètre des catégories de salariés susceptibles de se porter volontaires. 2 ème élément, il est libre de refuser de faire partir le salarié comme l’explique encore Olivier Cadic: « C’est précisément ce qui lui permet de choisir parmi les salariés lorsque le nombre de candidats aux départs est supérieur au nombre de postes supprimés. Si l’usage veut que l’on parle de volontariat, c’est malgré tout l’employeur qui garde la main pour décider qui partira in fine. Les modalités d’acceptation ou de refus de la candidature sont librement déterminées dans le document élaboré par l’employeur. »

Les premiers emplois supprimés devraient concerner la branche distribution, c’est à dire les boutiques SFR et Numéricable. 1 000 emplois pourraient être menacés. 

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