Parti Démocrate : Wikileaks sème le trouble

Alors qu’Hillary Clinton devance Donald Trump dans les sondages en vue de la prochaine élection présidentielle, la fondation de l’ex-première dame est dans l’oeil du cyclone. A la base de ce scandale : la divulgation par Wikileaks de mails rédigés par la candidate démocrate et ses collaborateurs. Pour Julian Assange, gestionnaire et créateur du site, deux constats sont mis en évidence : Hillary Clinton aurait favorisé l’armement de dijhadistes  en Syrie lors de son mandat de secrétaire d’Etat et Bernie Sanders aurait été défavorisé lors de l’élection du candidat démocrate début 2016. 

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Hillary Clinton. C.PHOTO : AP.

« Hillary Clinton a organisé l’armement des djihadistes syriens par la Lybie ». La phrase choc est celle de Julian Assange créateur et gestionnaire du site Wikileaks spécialisé dans la divulgation de mails et de données secrètes. Une phrase issue d’un entretien organisé par la chaîne russe RT le 8 Août dernier. A la base de cette condamnation : La mise en ligne sur le site de plus de 32 000 mails rédigés par Hillary Clinton notamment lors de son mandat de secrétaire d’Etat sous l’ère Obama entre 2009 et 2013. 

Julian Assange dit-il la vérité ? CHRONIQUES a lu une grande partie des mails  divulgués par Wikileaks. La Lybie et la Syrie sont bien sûr mentionnés plus de 1000 fois. Lors de l’action américaine pour destituer Mouammar Kadhafi du pouvoir Libyen, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, a eu de nombreuses correspondances avec des experts, des responsables de l’armée. Des bilans sont rédigés toutes les semaines pour gérer l’après-Khadafi. Des messages qui évoquent à partir de 2011 la situation syrienne et la révolution du peuple contre Bachar El-Assad. Des inquiétudes sont formulées sur les agissements du président. Sans évoquer elle-même la possibilité d’armer des groupes de résistants locaux, Hillary Clinton partage avec ses assistants de nombreux mails d’experts favorables à cette solution. 

En aucun cas, l’armement de groupes terroristes ,notamment DAESH, n’est énoncé. Le nom du groupe EI n’est jamais évoqué. Au premier abord, rien de sensationnel sur l’action internationale des Etats-Unis mais les Républicains ont déjà saisi l’occasion de critiquer la candidature démocrate depuis deux semaines. A l’image de  Jim Jatras, ancien diplomate américain et conseiller du Parti républicain pour le site russe RT :  » Dans ces discours, elle n’a pas du tout mentionné la Libye, un désastre complet qui est avant tout son bébé. Elle a à peine mentionné la Syrie et son rôle décisif dans la création d’un désastre qui frappe ce pays depuis 2011. En termes de fond, si on parle de sa déclaration qui sert à prouver que son expérience la qualifie pour la présidence, il n’y a rien eu ».

L’histoire aurait pu s’arrêter là mais elle a pris une  toute autre ampleur depuis le 21 Juin et l’article du Monde dédié à l’entreprise LafargeHolcim spécialisée dans la cimenterie. Selon le journal, la société française Lafarge (nom de l’époque) a négocié des contrats avec l’Etat Islamique depuis 2014. Des documents , y compris des courriels, sur les paiements effectués par la société aux djihadistes ont été analysés et révélés par le journal français. Une analyse faîtes à partir des mails publiés par Wikileaks sur le pouvoir syrien et l’Etat Islamique. Objectif : Pour éviter la destruction de son usine de ciment en Syrie, Lafarge aurait payé une « taxe » aux terroristes. 

Selon Le Monde, des courriels envoyés  en Syrie, publiés en partie par le site syrien proche de l’opposition Zaman Al-Wasl, confirment les arrangements de Lafarge avec l’Etat Islamique pour pouvoir poursuivre la production jusqu’au 19 septembre 2014. Pour ses approvisionnements, l’entreprise passait par des intermédiaires et des négociants qui commercialisaient le pétrole raffiné par l’Etat Islamique, contre rétributions. La multinationale est également accusée, toujours par le journal Le Monde, d’acheter du pétrole aux djihadistes actuellement. 

Pour Julian Assange, Hillary Clinton n’est pas étrangère à ces transactions. Pourquoi ? Selon lui, la fondation Clinton aurait reçu de nombreuses donations de la part du groupe Lafarge en 2015 et 2016.  La relation entre la candidate démocrate et l’entreprise est même plus ancienne. Elle a été membre du conseil d’administration au début des années 90. Selon lui, Hillary Clinton aurait appuyer des actions en Syrie pour favoriser l’entreprise Lafarge. Si les accusations de Julian Assange n’ont pas pu être vérifiées, le leader de Wikileaks a promis de dévoiler de nouveaux mails sur ce sujet prochainement. 

La fondation Clinton est en tout cas dans l’oeil du cyclone du New-York Times. Le journal a dévoilé dans ces dernières éditions des donations d’Arabie saoudite qui dépassent les 10 millions de dollars. Le gendre de l’ancien président ukrainien Leonid Koutchma,  a fait la même chose pour la fondation Clinton, alors que le gouvernement de l’ex numéro 1 d’Ukraine était fustigé par Washington pour corruption et assassinats de journalistes. Enfin, un don d’un milliardaire libano-nigérian s’est monté à 5 millions de dollars. Des infos relayées par le journal concurrent le Washington Post. Et selon un sondage réalisé par Bloomberg en juin, 72 % des électeurs américains se préoccupaient du fait que la Fondation Clinton acceptait l’argent de sponsors étrangers alors qu’elle était secrétaire d’État. Donald Trump n’a pas hésité  à  dénoncer hier sur sa page Facebook « une fondation corrompue ».

Donald Trump

Une affaire qui s’ajoute à celle concernant la campagne du parti démocrate. Le site Wikileaks a publié vendredi 22 juillet près de 20 000 courriels internes du Parti démocrate américain. Julian Assange a déclaré quelques heures plus tard que Bernie Sanders avait été défavorisé au sein de son parti.

CHRONIQUES a également lu une grande majorité de ces mails. Si la plupart des écrits concernent l’organisation des meetings, de la conception du programme, une conversation retient tout de même l’attention. Il s’agit de celui du 5 mai 2016, le directeur financier du parti, Brad Marshall, demande dans un email à des collaborateurs de désigner quelqu’un pour questionner Bernie Sanders sur ses croyances dans le Kentucky et en Virginie occidentale. Le nom du candidat n’est pas cité mais le doute n’est pas permis. Voici l’intitulé du mail : « Croît-il en un Dieu ? Il s’est cantonné à dire qu’il a un héritage juif. Je pense avoir lu qu’il est athée. Cela pourrait faire plusieurs points de différence avec mes gens. Mes personnes de (l’église) baptiste feraient une grosse différence entre un juif et un athée ». L’élu démocrate sous-entendant que s’il était avéré qu’il était athée, le sénateur du Vermont pourrait voir sa campagne affaiblie.

Bernie

Une déclaration qui a généré un échange d’emails au sein du parti, tranché ainsi par la présidente du Comité Nationale démocrate Debbie Wasserman-Schultz elle-même: « C’est une histoire absurde. Il ne va pas devenir président « . Et la réponse du parti démocrate confirme cette impression puisque Debbie Wasserman-Schutz a annoncé sa démission le 24 Juillet dernier. Des excuses envers Bernie Sanders ont été prononcées dans un communiqué.

Debbie Wasserman Schultz, Nancy Patton Mills, David Wecht, Christine Donohue, Heather Arnet
Debbie Wasserman Schultz lors d’un meeting du parti Démocrate  en Octobre 2015.  C.PHOTO : AP. 

Une décision nuancée par Elijah Cummings, membre démocrate de la commission de contrôle et de réforme de l’Etat. L’élu a annoncé  que le FBI a déjà déterminé à l’unanimité qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes de délit. En ajoutant de façon partisane que « les républicains enquêtent de façon désespérée pour détourner l’attention du fléchissement des scores de Donald Trump dans les sondages ».  Le candidat républicain a répondu via Twitter il y a quelques jours. Selon ses tweets « les emails du parti démocrate qui ont fuité montrent les intentions de détruire Bernie Sanders ». En ajoutant « Se moquer de son héritage et bien plus. En ligne sur Wikileakes (sic), vraiment brutal. Truqué ».

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Robby Mook – Responsable de la campagne d’Hillary Clinton. C.PHOTO : Douglas Graham|Getty.

Mais l’affaire a aussi relancé aussi des faux airs de guerre froide entre la Russie et les Etats-Unis. Il y a trois semaines, lors de l’émission « This Week » de la chaîne ABC, le responsable de la campagne d’Hillary Clinton, Robby Mook, a accusé WikiLeaks d’avoir publié des documents « fournis par les Russes pour aider Donald Trump ». Une thèse largement défendue par l’entourage et les partisans de la candidate démocrate. A la base de cette théorie du complot : plusieurs rapports d’experts ayant travaillé sur des piratages qui ont ciblé le DNC cette année.

Une thèse poussée plus loin par la société spécialisée Crowdstrike. Selon cette entreprise au moins deux groupes sont parvenus à s’introduire dans les serveurs du parti. Et toujours selon elle, ces deux groupes seraient considérés comme proches du pouvoir russe. . De son côté, WikiLeaks a affirmé, ne pas savoir, ni vouloir savoir, quelle était la source des documents qui lui avaient été transmis. Ces accusations ont été moquées par le site consacré à la publication de documents confidentiels : »la dernière fois, nous étions le Mossad, il faudrait savoir ».

WikiLeaks qui a aussi menacé à demi-mot une journaliste de MSNBC, il y a quelques jours. Cette dernière avait annonçait qu’elle souhaitait explorer, dans son émission, les « liens entre Trump, Poutine et WikiLeaks ». La réponse de Julian Assange n’a pas tardé : « Vous mettez en avant une théorie du complot dépassée. Nos avocats surveilleront votre émission ». De son côté, Donald Trump a estimé que la polémique était « une blague ». Allons nous vers un ClintonGate ?

 

 

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