Angelo Bruno : « La Justice française doit faire preuve de plus de fermeté »

Depuis Lundi, plusieurs policiers à Paris et dans les grandes villes françaises sont en colère. En cause : l’agression de 4 fonctionnaires de police à Viry-Châtillon ,dans le département de l’Essonne, aux cocktails-Molotov, il y a une semaine et demie. Ils étaient plus de 300 hier aux alentours des Champs-Elysées. 

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Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a apporté son soutien ces dernières heures aux forces de police. Une situation qui n’est pas suffisante pour de nombreux syndicats à l’image SGP FO. Angelo Bruno, secrétaire départemental de l’organisation dans le Val-de-Marne a répondu à nos questions.

CHRONIQUES : Première question, qu’avez-vous pensé de la déclaration de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti Socialiste, qui dénonce la « patte » du FN dans les manifestations policières de cette semaine ?

Angelo Bruno – Secrétaire départemental UNITE SGP FO  POLICE 94  : Je ne souhaite pas faire de politique. Je pense juste que c’est un affront vis-à-vis des collègues policiers. C’est un vrai manque de respect. Il faut que les politiques, toutes branches confondues, entendent notre cri d’alerte.

CHRONIQUES : Depuis Lundi, y’a-t-il eu des avancées concrètes entre les syndicats policiers et le gouvernement ?

A. G : Il n’y a aucune avancée concrète depuis Lundi et j’ai envie de dire depuis des années. On réclame des effectifs depuis le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux institué par Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, nous en avons ras-le-bol. La police nationale a perdu 10 000 fonctionnaires. En majorité, nos missions sont statiques et nous n’arrivons plus à faire les missions prioritaires de police-secours. Les attentats et la mise en place du plan Vigipirate ont engendré une multiplication des actions. Les collègues sont à bout. Ce qui s’est passé à Viry-Châtillon, dans l’Essonne, a été l’événement de trop. Nos collègues se sont fait attaquer par des assassins. Je n’ai pas peur d’utiliser le mot puisqu’ils sont clairement venus pour tuer des « flics ». Les fonctionnaires ne se sentent plus soutenu par le gouvernement. Ils ne sentent plus soutenu par l’administration aussi. Le moindre écart nous est parfois fatal. On ne nous fait pas de cadeaux. Et de l’autre côté, on peut venir « casser des flics » en ayant comme sanction qu’un petit rappel à la loi.

CHRONIQUES : Concrètement sur le terrain, quels sont les manques de moyens en effectifs et en équipements sur le département du Val-de-Marne ? Quatrième département le plus sensible de France. 

A.G : Sur le plan des effectifs on paie la décision politique de Nicolas Sarkozy même si je ne veux pas faire de politique, je le répète. Même si aujourd’hui l’Etat recrute, les futurs fonctionnaires ne seront pas opérationnels de suite. Ils sont formés entre 6 mois et 1 an et ils sont envoyés dans nos services. Le tout, dans un contexte particulier en France. Il a fallu nous adapter. D’un point de vue technique, la police du Val-de-Marne a reçu des gros moyens depuis les attentats parisiens.  Nous avons équipé tous nos services spécialisés, c’est une bonne chose. En revanche, il faut élargir tous ses moyens à l’ensemble des services notamment la police-secours. C’est le cœur de notre métier. C’est le policier de tous les jours. C’est souvent le premier intervenant, on l’a vu lors des attentats parisiens. C’est gens-là non pas le matériel logistique suffisant de protection, d’armement et de renseignements.

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Manifestation de policiers aux Champs-Elysée – Mercredi 19 Octobre. CREDIT PHOTO : Laurent Troude

CHRONIQUES : Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a reçu vos collègues des syndicats Alliance et Unsa hier soir ? A la sortie de cette entrevue, il a déclaré que des accords avaient été trouvés et que des décisions concrètes allaient être mises en place ? C’est une avancée ? 

A.G : Pour l’instant, aucun accord satisfaisant n’a été trouvé.  Notre organisation a refusé de signer un protocole il y a quelques mois. D’autres organisations policières l’ont signé en parlant de protocole inédit pour la Police. Aujourd’hui, c’est drôle, la Police Nationale explose. La preuve que ce projet n’était pas satisfaisant. Nous souhaitons une reconnaissance morale et une reconnaissance financière. Nous ne sommes pas payer à la hauteur des risques que nous prenons sur le terrain.  Aucun accord n’a été trouvé. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve veut aller vers l’apaisement car le gouvernement a eu un comportement inacceptable.Lundi soir vis-à-vis de nos collègues manifestants. La seule réponse que le gouvernement et le directeur de la police nationale Jean-Marc Falcone nous ont accordé est :  » nous avons compris votre message mais nous allons ouvrir une enquête IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale). Les policiers qui se révoltent sont des gens professionnels, civilisés, père ou mère de famille et il faut prendre en compte leur appel..

CHRONIQUES : Demandez-vous la démission du directeur général de la police nationale Jean-Marc Falcone ? 

Je ne demande aucune démission. Notre cœur de métier est en train de mourir. Ce n’est pas un bon message pour les citoyens. Ils sont déjà assez paniqués par la situation dans le pays depuis les attentats. Les policiers veulent une Justice forte lorsqu’un fonctionnaire se fait agresser ou menacer. Ce n’est pas le cas actuellement. Il faut redonner confiance en la parole du policier. Ce n’est plus d’actualité aujourd’hui. Sur chaque interventions, les interpellés peuvent protester et très souvent les fonctionnaires sont convoqués pour une confrontation. Un policier est assermenté, il est là pour faire son travail et on a pas à remettre sa parole en doute en permanence. Si la Justice fait preuve d’une plus grande fermeté, la situation ira mieux.

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Le premier ministre Bernard Cazeneuve et le directeur générale de la police française Jean Marc Falcone. CREDIT PHOTO : Patrick Kovaric | AFP

CHRONIQUES : Sur le département du Val-de-Marne, quelle est la situation de la délinquance ? 

A.G : Sur le Val de Marne, les agressions augmentent constamment. L’impunité surtout. Les délinquants ,notamment dans les cités, savent qu’aujourd’hui ils ne vont pas forcément être sanctionnés. Il y a 7  ans, c’était déjà dur, mais les délinquants avaient encore un sentiment de crainte du fonctionnaire. Les collègues font leur travail et ils le font bien. On nous parle de bavures, ce n’est pas vrai. C’est comme votre enfant finalement. Si vous ne lui dîtes rien, il continue. Toucher à un policier ce n’est pas anodin. Nous représentons l’Etat, la République. La Justice doit sanctionner justement, objectivement mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

CHRONIQUES : Ils existent des tribunaux anti-flics selon vous ?

A.B : Oui, sans faire de langue de bois. Certaines sanctions sont incompréhensibles pour les policiers. Si j’élargis le débat, la question de la légitime défense pose problème également. Sur le sujet,  le texte est clair aujourd’hui : « si votre vie est en danger, une riposte proportionnelle peut être faîtes ». Aujourd’hui, malgré ce texte, le fonctionnaire a un doute permanent. Celui de se dire :  » Est-ce que je vais être dans les normes autorisées ? ».  Question qui ne se posait pas il y a encore dix ou quinze ans. L’interprétation des textes par la Justice fait douter les policiers. Nous n’avons pas droit de mettre notre vie en danger.

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CREDIT MEDIA : 94.citoyens.com

CHRONIQUES : Si la Justice française régule cette situation c’est peut être aussi pour éviter le modèle policier américain. La majorité des policiers là-bas ne risquent rien après une bavure policière. 

A.B : La relation est intéressante. Dans la protection des policiers, la politique américaine est extrême. En France, elle est extrême mais de façon opposée. Un fonctionnaire de police français doit se justifier de tout aujourd’hui. L’exemple de Viry-Châtillon montre bien le manque de fermeté de la Justice. A l’heure actuelle, l’enquête cherche à savoir qui a balancé le cocktail-molotov. La Justice veut trouver une responsabilité individuelle à cet acte. C’est une vision trop restreinte. La responsabilité collective doit être privilégiée.  L’un des policiers attaqué est toujours dans le coma actuellement. C’est très grave. Son pronostic vital est toujours engagé. Je suis syndicalistes mais policier avant tout et notre message est clair : « entendez-nous ». Ne prenez pas ces protestations à la légère.

CHRONIQUES : Dans plusieurs interviews, les syndicats insistent aussi beaucoup sur l’ASA (Avantage Spécifique d’Ancienneté). Que demandez-vous sur le sujet ? 

Beaucoup de collègues ont perdu l’ASA en région parisienne. Cet ASA permet de progresser dans une carrière de policier. Il y a quelques temps, tous les fonctionnaires parisiens bénéficiaient de cette ASA. A juste titre, des fonctionnaires en province ont souhaité l’obtenir. L’Etat leur a répondu favorablement. Seul problème : l’argent  Le gouvernement a souhaité mettre en place cette ASA collective avec un budget constant. Certaines zones à Paris qui ne rentraient pas dans les critères d’attributions ont perdu cet avantage. Des critères écrits qui ne prennent pas en compte la réalité du terrain. Cette décision concerne notamment des services spécialisés qui travaillent en permanence sur des enquêtes sensibles. Par exemple, les motards du Val-de-Marne ne bénéficient plus de cette avantage. Les Brigades anti-criminalité départementales non plus. Ce n’est pas normal. Nos collèges doivent pouvoir en bénéficier.  

CHRONIQUES : Pour finir, un mot sur la marche silencieuse prévue le 26 Octobre prochain.

A.G : Notre organisation Unité SGP Police a compris le cri d’alerte de nos collègues et en aucun cas ne fait de la récupération syndicale de la situation. Nous organisons donc une marche la semaine prochaine. Nous appelons l’ensemble des syndicats policiers ,comme Alliance, Unsa,  à rejoindre le mouvement. Nous appelons également la population a rejoindre ce mouvement. Nous ne lâcherons rien et nous irons jusqu’au bout. Le ministre, le président et le gouvernement doivent nous entendre.

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Entretien réalisé par Antoine Pineau.

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