François Guénoc : « Des dérapages policiers envers les mineurs ont été constatés sur le camp »

Le démantèlement de la Jungle de Calais se poursuit depuis Lundi. Plusieurs demandeurs d’asile ont rejoint les Centres d’Accueil et d’Orientation partout en France. La situation devrait perdurer jusqu’à la fin de la semaine. 

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François Guennoc est vice-président de l’association nordiste « L’Auberge des Migrants ». Présent sur place, il relate la situation sur place pour CHRONIQUES.

CHRONIQUES : En ce Mercredi après-midi, quelle est la situation sur place ?

François Guennoc : Je suis tout près du camp et il y a des fumées au dessus des baraquements. Plusieurs cabanes sont en feu. Il y a beaucoup de personnes sur la bande des 100 mètres, c’est-à-dire entre le camp et l’autoroute. Elles sont sorties par mesures de sécurité. Il y a des migrants qui observent sur une butte de sable également. L’incendie dure depuis quelques heures et il est difficile à maîtriser pour les pompiers.

CHRONIQUES : Plusieurs incendies ont été recensés depuis hier soir sur place. La préfète de région La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio a évoqué une “tradition” chez les migrants consistant  à brûler leurs cabanes avant de partir ? Vous êtes d’accord avec cette version ? 

F.C : En effet, ça correspond probablement à des réfugiés qui mettent le feu avant de partir soit à des enfants énervés. En revanche, la tradition évoquée par la préfète est une pure invention. Lors de sa première déclaration, elle avait même parlé de tradition afghane. Elle mélange tout. Je ne sais pas qu’elles sont ses sources. Madame la Préfète a peut-être fait des études d’ethnologie mais j’en doute. On connaît bien les migrants et ce genre d’incendies ont déjà eu lieu dans le passé. Il y a deux raisons selon notre association qui expliquent cette situation : 1 – ils sont en colères car on vient détruire leurs univers. Même si il était mauvais, c’était leurs univers et on les oblige pas à partir dans les Centres d’Accueil d’Orientation. 2 – C’est aussi une question de dignité. Je brûle ma cabane avant que les policiers ne le fassent. Ça n’excuse pas mais ça s’explique comme ça.

CHRONIQUES : Est-ce que ces incendies reflètent une véritable tension sur place ? Depuis deux jours le calme semble prédominé. 

F.C  : Les deux premiers jours ont été relativement calmes comme on pouvait s’y attendre. La grande majorité des migrants qui sont partis dans les différentes régions françaises étaient favorables au départ. Les demandeurs d’asiles et ceux qui souhaitent rester en France ont immédiatement montrer leurs intérêts. Malgré tout, les chiffres de départs sont inférieurs à ceux annoncés par l’état. Il y a eu 1900 départs Lundi et 1270 environ hier. Il y a des bus qui ne sont pas partis car ils étaient vides. L’Etat est en dessous de ses objectifs. Les dérapages constatés concernent les mineurs demandeurs d’asile. Des dérapages soulignés par les organisations humanitaires notamment MDM : Médecins du Monde. Ils seront soulignés dans la presse et les médias dans les prochaines heures. Par exemple, ils ont été questionnés lors de la mise en place dans les fils d’attentes en quelques minutes. On ne prend pas en compte leurs situations précises, ni leurs volontés. Il y a de la précipitation. Il y a un manque de respect et quelques bousculades constatées depuis plusieurs heures.

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Fumées au dessus du camp des migrants de Calais ce Mercredi. CREDIT PHOTO : Baziz Chibane. 

CHRONIQUES : Vous parliez de bus vide il y a quelques secondes. Outre la raison du départ en Grande-Bretagne, qu’est-ce qui explique ce refus ?

F.C : Plusieurs raisons expliquent cette situation. Tout d’abord certains ont des empreintes en Italie, en Grèce ou d’en d’autres pays. Le gouvernement a indiqué qu’ils ne seraient pas expulsés mais eux ont du mal à le croire. C’est assez logique puisque les CAO existent depuis un an et plusieurs préfets de régions ont déjà tenté de les expulser par le passé. Et puis d’autre part,  certains ne veulent pas aller dans les CAO et partent à Paris, Bruxelles. Nous pensons qu’ils reviendront une fois le démantèlement terminé. Le gouvernement n’en parle pas. Notre association « l’Auberge des Migrants » a comptabilisé plus de 3000 départs depuis Septembre. Certains sont en CAO et d’autres sont actuellement dans la nature.

CHRONIQUES : Est-ce que des migrants arrivent encore sur le camp à l’heure actuelle ? 

F. C : Le nombre d’arrivées a été fortement ralenti ces 10 derniers jours. Les migrants qui sont arrivés en majorité sont des mineurs isolés et des femmes. Les mineurs isolés car ils ont entendus que des CAO pouvaient les accueillir. Les femmes, elles, sont venues en majorité du camp de Norrent Fontes. Une rumeur a circulé expliquant qu’elles pourraient partir en Grande-Bretagne si leur mari se trouvait là-bas. Elles ont ,du reste, manifesté pacifiquement hier après-midi avec quelques panneaux pour réclamer leurs départs outre-manche. Il y a des flux incessants. On y verra certainement plus clair à la fin de la destruction du camp.

CHRONIQUES : Quelles sont les missions de votre association « L’Auberge des Migrants » sur place ?

F.C : Nous ne participons pas au démantèlement, nous avons obtenu le droit de distribuer à mangers aux migrants. Nous distribuons aussi des produits de premières nécessités au niveau de l’hygiène. Avec l’association Utopia 66, nous avons recruté également plusieurs bénévoles pour assurer un bon accueil des migrants dans les CAO. Il faut veilleur à leurs droits. 2000 personnes se sont engagées en 2 mois donc nous sommes satisfaits. L’objectif est d’assurer une bonne intégration dans les villes où les demandeurs d’asiles sont envoyés. Les moyens donnés par l’Etat aux associations qui gèrent les CAO sont légers. Il faut par exemple des interprètes, des conducteurs pour emmener les migrants à l’hôpital ou à la préfecture pour demander l’asile etc.

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CHRONIQUES : On parle beaucoup de réfugiés et de migrants économiques pour différencier le profil des personnes présentes sur place à Calais. Quelle est votre version des faits ? 

F.C : A Calais, les gens viennent principalement du Soudan, d’Afghanistan ou d’Erythrée. Quand vous faîtes le total, vous vous rendez compte qu’ils viennent soit de pays en guerre ou en dictature. Pour nous, si il y a des migrants économiques sur le camp, ils sont très peu nombreux. Deuxièmement, il est difficile de séparer les choses aussi simplement. Ceux qui viennent de pays en guerre ont eux aussi besoin d’argent, besoin de travailler pour continuer à aider leur famille encore sur place. A Calais, c’est une fausse problématique.

CHRONIQUES : Quels sont les premiers retours des équipes des différents CAO ?

F.C : Ils sont très positifs. Il n’y a aucune raisons que ça se passe mal. Ceux qui sont inquiets ou qui se montrent réfractaires à ces arrivées sont souvent manipulés par le discours de certaines personnes de droite et d’extrême droite. Ce matin, des gestionnaires d’un CAO en Normandie m’ont téléphoné en me disant : « Nous avons des Afghans et ils n’ont pas l’air de trop apprécier notre nourriture, qu’est-ce-que vous nous conseillez ? ». J’ai répondu qu’il fallait leur demander leurs avis ou mieux encore les laisser faire à manger. C’est positif, on voit que le dialogue et l’ouverture d’esprit se mettent en place.

CHRONIQUES : Est-ce que vous essayez de convaincre les migrants désireux de rejoindre la Grande-Bretagne ? 

F.C : Les migrants ne sont pas très accueillis en France donc j’ai un peu de mal à leur dire de ne pas aller en Angleterre. Les gens qui veulent partir là-bas on est des bonnes raisons. Ils ont de la famille sur place et ils trouveront du travail sur place. En revanche, je leur précise que le salaire est loin d’être exceptionnel en Grande-Bretagne. Et puis leurs arrivées est parfois perçu aussi négativement qu’en France. Le mouvement UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, s’est renforcé depuis plusieurs mois. Ça ne sera pas aussi simple que ça.

Entretien réalisé par Antoine Pineau.

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