Nicolas Prisette : « Emmanuel Macron ? Depuis Nicolas Sarkozy, il n’y a pas eu un tel phénomène politique »

Emmanuel Macron et son mouvement « En Marche » intéressent de plus en plus les futurs électeurs à la présidentielle. Ce matin encore, le Républicain Benoît Apparu s’est dit surpris par la montée dans les sondages de l’ancien ministre de l’Economie. Si  François Fillon est favori dans les sondages, le parti de droite surveille la progression d’un homme encore méconnu il y’a deux ans.

Nicolas Prisette, journaliste politique, rédacteur en chef adjoint au Journal du Dimanche, chroniqueur matinal à LCI, propose depuis quelques semaines « Emmanuel Macron, En marche vers l’Elysée » aux Editions Plon. Il a souvent rencontré l’ancien ministre de l’Economie et les membres de son cercle fermé. Sans porter de jugement sur l’homme, ni son programme, il confirme la tendance : Emmanuel Macron est un phénomène politique.

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CHRONIQUES : Un mot sur sa candidature. Comment analysez-vous le timing ?

Nicolas Prisette : Il a annoncé sa candidature en Novembre soit deux mois après sa sortie du gouvernement. Il avait un calendrier assez simple. 1 – sortir du gouvernement, 2 – faire le bilan de son mouvement « En Marche » et des portes à portes réalisés auprès de la population et 3 – annoncer sa candidature et égrener son « plan de transformation ». Emmanuel Macron ne parle pas de programme. Il a composé avec la primaire de la droite et celle de la gauche. Il se dit indépendant depuis le début donc ,symboliquement, cette candidature a été placé à ce moment-là.

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Candiature d’Emmanuel Macron. CP : AFP

CHRONIQUES : Aurait-il pu se présenter à la primaire de la gauche ? Il a toujours dit non mais est-ce qu’en coulisses il a réfléchi à la question ?

N.P : Quand on discute avec lui, un point revient souvent : il ne souhaite pas du tout entrer dans le jeu des partis.En blaguant, il dit souvent qu’il pourrait se présenter à la fois à droite et à gauche.Plus sérieusement, il déteste le principe des primaires qui selon lui son « une machine » à tromper les électeurs. Pour Emmanuel Macron, on peut pas critiquer les autres candidats de son parti et ensuite prôner le rassemblement. C’est une politique dépassée selon lui et qui cristallise toutes les critiques de la population. 

CHRONIQUES : Deux questions. La première technique : Va-t-il réunir les 500 signatures obligatoires ? La deuxième plus symbolique : Ne manque-t-il pas de soutiens dans le milieu des élus ? 

N.P : Au sujet des 500 signatures, Emmanuel Macron est d’une confiance inébranlable. La tendance peut lui donner raison car son mouvement « En Marche » est très jeune mais il intéresse les gens. On voit que la droite s’en méfie de plus en plus. En France, il y’a plus de 36 000 élus donc objectivement on peut imaginer qu’il obtiendra les signatures nécessaires. Au sujet des soutiens politique, je pense vraiment que ça n’intéresse que le microcosme politique et médiatique. Je ne pense pas qu’un soutien  apporte des voix dans les urnes. Ce n’est pas un sujet qui m’a intéressé. Si on analyse tout de même la question, il a des soutiens mais ce ne sont pas des têtes d’affiches. Des personnes qui viennent même de la droite comme Renaud Dutreil ou Jean Arthuis.

CHRONIQUES : Oui mais si on regarde l’ensemble des présidents de la Vème République, ils ont tous eu une longue expérience avant d’arriver à la tête de l’Etat.

N.P : Ca c’est effectivement un autre sujet qui est très intéressant. Emmanuel Macron intéresse les gens car il représente un renouveau du monde politique. Que ça plaise ou non.Je n’apporte pas de jugements sur l’homme, ni son programme mais c’est indéniable : Emmanuel Macron est un phénomène politique et médiatique.  En revanche, comme vous le dîtes, tous les anciens présidents avaient une longue carrière d’élu, de ministre, avant d’arriver à la tête du pouvoir. Emmanuel Macron lui ne vient pas du même sérail. C’est sa faiblesse. Il n’a pas la connaissance de la vie locale et des difficultés des habitants. Il compense par son point fort :  c’est à dire son analyse implacable et très ciselé du monde politique.  

CHRONIQUES : Dans votre livre, vous revenez souvent sur un élément : Emmanuel Macron n’a pas peur du débat. Est-ce que c’est une erreur de communication ou une force ? 

N.P : Emmanuel Macron est un homme qui aime le débat. Il me l’a dit  :  » Je suis persuadé que nous pouvons toujours convaincre les gens ». Lorsqu’il y ‘a eu les manifestations contre la loi travail, il n’a pas hésité à dialoguer avec des délégués CGT par exemple. C’est peut-être une faute de communication puisqu’il lui est arrivé de prendre un œuf sur la tête à Montreuil. Mais au moins, on ne peut pas lui reprocher de parler qu’à ses électeurs. Ensuite, ce qui m’a marqué, lorsque j’a discuté avec ses soutiens et les gens qui l’ont rencontré, c’est qu’il a un énorme pouvoir de fascination. Ils vous disent tous qu’il a une façon de se comporter, de parler qui à un impact direct. Si on regarde les trente dernières années, il n’y a pas eu beaucoup de cas comme ça.  Le dernier en date c’est Nicolas Sarkozy en 2007. J’insiste de nouveau, je ne fais pas la promotion d’un homme, ni d’un programme, j’explique une situation politique.

CHRONIQUES : Beaucoup d’opposants lui reprochent de ne pas avoir de programme. Dans votre livre cette tendance se confirme car vous ne l’évoquez que dans quelques pages. 

N.P : En effet, il ne rentre pas dans les détails des chiffres et des mesures. Il préfère dégager un cap. Il souhaite établir  » un vivre  » en France. Il veut créer une dynamique sociale dans le pays et remettre en avant les droits individuels. C’est aussi une faiblesse. Le diable est dans les détails lorsqu’on évoque les mesures économiques et sociales. Il parle d’une retraite à la carte. C’est un point de son programme mais on ne l’entend pas sur l’âge légal de départ. Même chose pour les 35H. Il souhaite la supprimer pour les jeunes travailleurs mais il n’évoque pas les modalités pour les mettre en place. Il va continuer à égrener son programme. On va l’entendre sur les questions de sécurité notamment. Des domaines dans lesquels il est plutôt silencieux. 

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Emmanuel Macron face à des délégués CGT. 2015. CP : Nouvelle République

CHRONIQUES : Quel est l’importance de Brigitte Macron dans cette candidature ? 

Il se serait lancé dans la campagne présidentielle même si Brigitte n’avait pas été là. Certains pro-Hollande ont voulu lui prêter un rôle de mentor ou de directrice de conscience mais ce n’est pas la réalité. Cette candidature est le fruit d’une longue réflexion personnelle. Brigitte Macron n’est pas une femme politique. Elle n’aime pas la dureté du milieu. Ce n’est pas Cécilia Sarkozy ou Bernadette Chirac. C’est une conseillère, un soutien. Lorsqu’elle dit : « Il faut qu’il soit candidat en 2017 car en 2022 son problème ça sera ma gueule », c’est une blague. Elle l’a dit sur le ton de l’humour. Certains ont voulu y voir un symbole mais c’est encore un mensonge.

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Brigitte Macron. CP : Gala.

Interview réalisée par Antoine Pineau. Droits réservés.

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