Sébastien Tarrago : « L’Equipe Enquête ? Parler des bons et des mauvais côtés du sport »

Depuis Septembre, Sébastien Tarrago ( à droite sur la photo), journaliste à l’Equipe, co-présente « l’Equipe Enquête » avec son confrère Guillaume Dufy. Il a accepté de répondre aux questions de Chroniques en tant que rédacteur en chef de l’émission. Une émission plébiscitée par les téléspectateurs depuis désormais deux saisons chaque Lundi soir. Objectif de cette dernière : mélanger des belles histoires mais aussi des sujets plus sociétaux. Un milieu du sport que les réseaux sociaux ont modifié selon lui.

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CHRONIQUES : On vous connait journaliste à l’Equipe, chroniqueur dans les différentes émissions de l’Equipe TV, on vous découvre désormais présentateur de « l’Equipe Enquête », toujours sur l’Equipe TV, depuis Septembre. Comment se passe l’expérience ? 

Sébastien Tarrago : C’est un exercice particulier (rires). On espère encore s’améliorer les mois prochains. Pour être chroniqueur, il faut  bien connaitre la matière  et se l’approprier. Naturellement, au bout d’un moment vous avez la sensation d’être dans votre salon. En tant que présentateur c’est différent, il faut tenir le bateau. Parfois la langue fourche et il faut savoir se rattraper. Ce n’est pas un pur travail de journaliste, sans vouloir dénigrer cette profession. C’est tout aussi intéressant. 

CHRONIQUES : Perrine Storme présentait l’émission l’année dernière. Elle est partie sur RMC en fin d’année. Pourquoi vous avez pris en charge la présentation avec votre confrère Guillaume Dufy ?

S.T : Pour être transparent, c’était une envie de notre direction. Ce n’est pas venu de moi ni de Guillaume Dufy. Je manage cette émission mais il est extrêmement présent à mes côtés. Les dirigeants de la chaîne ont voulu que nous incarnions encore plus le programme. Je l’ai bien compris. Une fois acté, ils nous ont demandé  d’être le plus naturel possible et d’apporter notre expérience de journaliste.

CHRONIQUES : Quels sont encore les points à améliorer ?

S.T : On est lucide sur notre situation. Il y a l’aspect économique qui rentre en compte. Il faut équilibrer le ratio moyens-sujets. Sur Stade 2, par exemple, j’ai lu que 60 journalistes pouvaient travailler conjointement sur une même émission. Ce n’est pas notre cas. Nous pouvons encore améliorer les aspects techniques des reportages. Nous y travaillons. Notre principal objectif est d’ouvrir le maximum de portes dans le milieu du sport. A la fois pour raconter des belles histoires mais aussi des sujets plus sociétaux. Ça demande énormément de travail sachant que nous avons, en moyenne, trois semaines pour élaborer un reportage.

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CHRONIQUES : L’interview de 15 minutes est un événement incontournable de l’émission. Beaucoup de joueurs de foot, et de sportifs en général, reprochent aux journalistes de leur coller une étiquette médiatique. Ce format est une façon de répondre à ces critiques ?

S.T : Quand je suis arrivé à la tête de cette émission, j’avais une volonté : retranscrire à l’image les grandes interviews du journal L’Equipe. Lors de notre première année, nous avons pu installer ce rendez-vous sans pression exacerbée des audiences . Une façon de se démarquer de la concurrence qui diffuse souvent des interviews de 2, 3 minutes. Nous voulions rentrer encore plus dans la personnalité des gens. C’est à double tranchant : soit ça plait et les gens restent, soit ça lasse. Il y’a un paquet d’abrutis dans le sport, tout comme il y’a un paquet d’abrutis dans la vie. Nous souhaitions faire parler des gens intéressants et dans le football, par exemple, il y’en a aussi énormément.

CHRONIQUES : Vous qui connaissez le milieu du foot depuis longtemps, que pouvez-vous lui reprocher à l’heure actuelle en tant que journaliste ?

S.T : Je vais essayer de ne pas passer pour un vieux réactionnaire (rires). Premier point, Il y a de plus en plus de choses étranges financièrement dans ce milieu, c’est évident. Deuxième point, la communication a évolué. D’un côté, vous avez par exemple Raphaël Varanne, ultra conseillé par ces agents. Ces mots sont toujours très réfléchis, analysés. Finalement vous n’apprenez pas grand-chose. Et puis d’un autre côté des joueurs qui restent assez nature et qui utilisent les réseaux sociaux sans parfois trop réfléchir. Vu que tout va plus vite, ils subissent parfois des commentaires et des remarques injustes. Nous, notre objectif à la fin de nos reportages, c’est de se dire : tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc. La nature humaine est complexe, la vérité n’est pas toujours évidente et nous nous devons d’être le plus objectif possible.

CHRONIQUES : Quel est votre point de vue sur les réseaux sociaux ? 

S.T : Selon moi, on accorde trop d’importance aux réseaux sociaux et à Twitter en particulier. Même si ça ne représente pas tous les utilisateurs, c’est tout de même le refuge des gens aigris et frustrés. Dès que vous essayez d’avoir une analyse un peu poussée, différente, vous subissez des critiques injurieuses. Christophe Dugarry est le dernier exemple en date. Pour lui, le but marqué par Olivier Giroud ( coup du scorpion contre Crystal Palace) n’était pas exceptionnel. Quelques secondes plus tard, nous pouvions lire : « Dugarry connard, Dugarry tu ne connais rien au foot, Dugarry frustré ». J’ai écouté son analyse en entier et j’étais d’accord avec lui. Et même si je n’avais pas été d’accord avec lui, sa remarque était construite, respectable et bien argumentée. Pour paraphraser mon confrère Thierry Bretagne, Twitter et les réseaux sociaux sont parfois « les pissotières du XXIème siécle ».

CHRONIQUES : Hier soir un reportage était consacré ,à l’actuel leader de Ligue 1, l’OGCN Nice. Un club qui va bien financièrement et sportivement. Est-ce aussi facile de pénétrer la direction d’un club lorsque la situation sportive est mauvaise ? 

S.T : Plus difficilement. Mais de toutes manières, nous évoquons les sujets qui fâchent même si le club est en bonne santé financière et sportive. Dans le cas de l’OGC Nice, les dirigeants nous ont ouvert les portes en connaissant nos objectifs. Ils savaient que les cas des deux fils de Claude Puel allaient être évoqués (Il y ‘a deux ans, Grégoire et Paulin Puel ont intégré le groupe pro. Face aux mauvais résultats, les supporters les ont pris en grippe. La direction du club a décidé de se séparer des deux joueurs). Après, nous sommes aussi là pour raconter des belles histoires et celle de Nice en est une. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce club, force est de constater que leur modèle économique et sportif est un succès. Maintenant, il faudra aussi analyser leurs attitudes lorsque les résultats seront un peu moins bons.

CHRONIQUES : Vous réalisez très souvent les interviews. Laquelle vous a le plus marqué cette saison ?

S.T : J’ai une affection pour celle de Ghislain Anselmini. Un ancien joueur de Lyon et Guingamp, incarcéré deux ans pour son implication dans l’enlèvement de Fabrice Fiorèse. Derrière cette affaire se cache une histoire de gros sous. On ressort de ce genre d’interview un peu bras-ballants. C’est un destin très particulier. On ne sait pas où se trouve vraiment la réalité mais c’est aussi la vie.

CHRONIQUES : L’année dernière, celle de Mickaël Madar a également attiré l’attention des téléspectateurs … 

S.T :  Un joueur plein d’excès, cash mais aussi très touchant. Il a eu des difficultés après sa carrière. C’est l’objectif de nos interviews : faire parler des gens qui peuvent sortir un peu du cadre.  La plupart du temps, ces sportifs-là sont les plus intéressants. Ils reflètent plusieurs facettes de la nature humaine.

CHRONIQUES : Lors d’un débat dans « L’Equipe du soir », vous avez eu une petite friction avec l’ancien joueur professionnel Johan Micoud. Le rapport entre les anciens joueurs devenus consultants et les journalistes est-il compliqué parfois ?

S.T : Johan a un caractère fort, moi aussi. Deux personnalités se sont exprimées, rien de plus. Plus globalement, j’ai souvent ce débat avec les anciens joueurs. Je ne supporte pas quand ils me disent : « Oui mais toi tu n’as pas joué au foot ». Ce n’est pas un argument selon moi. Je connais plusieurs joueurs de foot qui ne connaissent rien à ce sport. Plusieurs d’entre eux ne regardent pas les matchs. A contrario, je connais plein de journalistes qui peuvent regarder 200 à 300 matchs par an. Cette critique n’a aucun sens. On peut savoir faire un contrôle extérieur du pied mais ne pas connaître les aspects tactiques d’un match. Attention, je connais aussi des journalistes qui ne comprennent rien au foot. Je ne suis pas là pour faire la morale mais juste réhabiliter le travail de beaucoup de confrères. Pour en revenir à cette vidéo, elle intervient dans le cadre d’un débat. Il y’a un peu d’excès parfois, un peu trop d’enthousiasme. Rien de grave au final. Ce soir là, je n’ai pas insisté. Il faut savoir lâcher de temps en temps et mettre son ego de côté par respect pour l’émission. 

CHRONIQUES : Que répondez-vous aux internautes qui vous reprochent de ne pas assez supporter l’Equipe de France de foot ? 

S.T : Moi je ne suis pas là pour supporter l’Equipe de France, je suis là pour analyser un match. Je préfère qu’elle gagne  bien évidemment. Si je veux supporter l’Equipe de France, je vais au stade, je mets mon maillot et je crie « Allez les Bleus ». Mais à ce moment-là je change de métier. Au risque de subir des critiques, si l’Equipe de France perd un match je m’en fiche. Ça ne va pas m’empêcher de dormir car je suis journaliste sportif. Mais je le répète, je préfère qu’elle gagne bien évidemment. 

CHRONIQUES : Pour en revenir à la télé, une autre émission a marqué les esprits ces derniers mois : « Le Vestiaire » sur SFR Sport. On y voit plusieurs anciens joueurs de foot débattrent avec des joueurs en activité. Quel est votre point de vue ?

S.T : Ils ont réussi à faire parler d’eux à travers les réseaux sociaux notamment. La difficulté pour eux est désormais de faire perdurer l’émission. Pour ne pas vous mentir, je n’en ai pas regardé une complétement. Je ne peux pas avoir un avis en tant que tel mais ils ont su bien travailler. Bravo à Laurent Salvaudon à la tête de la rédaction de SFR Sport. Laisser parler des joueurs et des anciens joueurs c’est un format intéressant. Après, j’aime aussi quand les journalistes sont invités au débat.

CHRONIQUES : Enfin, dernière question, quel est votre coup de coeur de cette première moitié de saison de Ligue  de foot ? 

S.T : Le milieu de terrain de l’OGC Nice Younès Belhanda. Voir évoluer ce garçon est un régal. J’aime la simplicité de son jeu, son envie de faire évoluer son équipe, sa technique. Il a connu un petit passage à vide sur certains matchs mais c’est clairement une des satisfactions de ce début de saison. A lui de confirmer.

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Interview réalisée par Antoine Pineau. Tous droits réservés. 

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