Guyane : la volonté d’un plan Marshall

La Guyane, région française située en Amérique du Sud, est en proie à de vastes conflits sociaux depuis plusieurs jours. Une manifestation, à l’appel des principaux syndicats de travailleurs, est enclenchée depuis d’aujourd’hui. La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts appelle au calme et veut éviter toute instrumentalisation de cette crise en pleine campagne présidentielle. Sans nier la difficulté de la situation, elle a indiqué qu’elle ne se rendrait pas sur place tant que les conditions de sécurité ne sont pas réunies. Explication de la crise guyanaise en 3 points. 

12136957
Barrage à Kourou (Guyane), Samedi 25 Mars. (C.P : JODY AMIET/AFP)
  • L’insécurité  et la montée du collectif « Les 500 frères »

Il y’a une semaine, le site sénat.fr a publié les derniers chiffres sur l’insécurité en Guyane en réponse au sénateur guyanais Georges Patient. Selon le gouvernement, le taux de criminalité est impressionnant : 90 morts pour 1000 habitants en 2014 contre 56 en France Métropolitaine. Il n’a cessé d’augmenter avec une mention particulière pour les atteintes à l’intégrité physique et les atteintes aux biens, enregistrant des hausses respectives de 8,43 % et 5,40 %. Chiffres développés par l’INSEE dans une enquête dévoilée il y’a un an. 

DELIN

La délinquance aussi augmente notamment chez les adolescents. Les mineurs représentent près de 20 % des personnes mises en cause dans des actes de délinquance. Ce taux est très élevé. Ce sont ainsi 816 mineurs qui ont été identifiés, interpellés et mis en cause en 2016. La délinquance est également de plus en plus violente. Ainsi, sept mineurs ont été impliqués dans des tentatives d’homicide, et un pour homicide en 2015, alors qu’un seul mineur avait été mis en cause pour une affaire de tentative d’homicide en 2014.

delinq

Face à cette situation, l’émergence du collectif « les 500 frères » est vue comme une bénédiction par plusieurs habitants. Ceux de Cayenne en tête. Cagoulés avec un t-shirt orné d’armes à feu et une épée, ils se rendent dans les quartiers les plus chaux pour faire régner la paix. 

  • L’agriculture et le problème des terres détenues par l’Etat

Selon le site WWF, l’agriculture représente 5% du PIB de la Guyane. Malgré une hausse des exploitations, l’agriculture guyanaise est marquée par des conditions climatiques difficiles dues au contexte amazonien. Le sol est pauvre en nutriments. Le recours aux pesticides et aux engrais est systématique et dégrade les sols. La production de fruits, elle, est marquée par la concurrence des pays voisins. La main-d’oeuvre est moins chère pour produire le même type d’aliment. Même tendance pour la filière bovine qui doit faire face à la concurrence des importations légales comme celles d’Argentine ou du Brésil. 

occupations_agricoles

Autre problème : le statut des terres.  la Guyane possède une spécificité unique en France , la terre appartient presque exclusivement au domaine privé de l’Etat. Malgré une politique de distribution des terres, la procédure d’obtention des titres de propriété est longue. Aussi, certains agriculteurs exploitent des parcelles sans titres, d’autres pensent avoir des titres sans que ce ne soit encore officialisé. Il va sans dire que ces conditions ne favorisent pas l’installation de jeunes agriculteurs et le développement d’une agriculture moderne.

Du reste, 200 agriculteurs ont envahi la direction de l’agriculture et de la forêt Vendredi. Ils ont déversé 6000 litres de lisier de porc sur les façades du bâtiment. Ils ont dénoncé le retard des subventions européennes accordés aux agriculteurs. Propos corroborés par Jean Mormand, membre de la FNSEA, premier syndicat agricole : « Il y a une inertie au niveau de la collectivité territoriale de Guyane (gestionnaires des fonds européens) qui est assez fabuleuse, et des agents de l’Etat défaillants. Les jeunes qui s’installent, et même ceux en vitesse de croisière, vont au casse-pipe ».

les_zones_possibles_pour_le_developpement_agricole

  • Le chômage et l’installation d’un plan Marshall

Ce matin, l’ensemble des syndicats de travailleurs ont lancé une grève généralisée dans toute la région. Tous les secteurs sont concernés. Les parlementaires guyanais réclament un « plan Marshall », nom de l’ancien Secrétaire d’Etat américain Georges Marshall lors de la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale.  Au cœur de leurs colère, la prise en charge sanitaire insuffisante sur le territoire, les pénuries électriques, le taux de chômage élevé, la déscolarisation touchant les jeunes guyanais et la délinquance. Un chiffre pour symboliser cette situation : selon le comité intersyndical guyanais, le taux de chômage est à 22%. 40% des jeunes sont au chômage. Pire encore, sur 25 élèves qui rentrent en CP, 8 auront la possibilité de travailler à l’âge adulte. 

Une situation social compliquée alors que l’espérance de vie continue d’augmenter pour les hommes et les femmes. Chiffres de l’INSEE en 2013. 

guyane

monoSans titre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s